W.A.Mozart Requiem KV 626 LW
Concert de la Toussaint
d'Wort du 06. novembre 2006 (par Greg Foetz)
Un autre Requiem
La Banda, la Chorale Saint-Michel et Gerry Welter nous ont dévoilé une merveille
Encore un Requiem, un de plus?
Non! Le Requiem de Mozart qu'on croyait si bien connaître se dévoile sous une autre lumière dans une version récente de Robert D. Levin. Les interprètes en ont été les plus dignes représentants.
Avant de nous éblouir définitivement, La Banda, ce fameux orchestre baroque qui nous livre régulièrement de petits miracles, a offert une version non pas moins excitante de la 39e Symphonie. La direction de Gerry Welter savait convaincre par une musicalité fondée. Il connaît sa matière en profondeur car il a une maîtrise absolue des formes et ceci est primordial dans l'une des trois dernières symphonies de Mozart.
L'orchestre historiquement correct, une trentaine de musiciens, avait cette faculté d'élever ce que l'oeuvre a de visionnaire, de majestueux et de lumineux. Une version qui savait défier le temps mais encore qui donnait de l'amplitude au geste tout en maintenant un discours intense. Les amateurs d'instruments d'époques y trouvaient leur compte. Les élans étaient savamment dosés et justement répartis dans leurs extrêmes «ce qu'il faut, quand il faut». Tant le galbe des mouvements
était rond, enrichis de superbes nuances, autant les angles savaient être incisifs, avec des percussions à la pointe, attaques sèches, forti musclés, bref, un propos déterminé, intelligent, des plus captivants.
La version révisée de 1993 du pianiste, compositeur et musicologue Robert D. Levin se dévoile être édifiante. Elle étonne; rend l'orchestre moins massif et plus transparent et offre davantage de volume au choeur. Reprenant des esquisses que Süssmayr avait délaissées, il dévoile entre autre un magnifique Amen fugué.
Ce requiem là éblouissait de sa lumière, celle du vivant confronté à l'au‑delà, celle qui console assurément.
Sincère messager du dernier Mozart et gardien de son esprit musical, ce trésor spirituel incommensurable qui nous a été légué a su profiter ce soir d'un extraordinaire rassemblement de talents; Gerry Welter gérait ingénieusement les masses et les nuances, les flux rythmiques avec leurs grandes voûtes et une ferveur étourdissante. Sa direction sort du coeur par le chemin le plus court. Génial instrument que cet orchestre, un pur concentré d'énergie, une justesse et une vitalité à toute épreuve.
Le grand choeur, presque le triple de l’effectif de l’orchestre, la Chorale Saint‑Michel et l'Ensemble Vocal Cantica réunis suivaient exemplairement les lignes musicales. On doit saluer leur justesse et la clarté de leur articulation. Tonitruant le Dies Irae, enivrantes les fugues révélées par cette version.
Et les solistes, un véritable effectif de providence. Il fut parfois difficile de retenir l'une ou l'autre larme; la voix cristalline de Gerlinde Sâmann brillait au firmament, superbe, bouleversante, d'un naturel, sans devoir forcer. Monique Simon, l'ambassadrice luxembourgeoise du chant du répertoire baroque, d'une voix douce, précieuse, parfois un peu trop peut‑être au beau milieu de 120 musiciens acharnés et d'autres solistes à la voix très présente, mais offrant des passages en solo ou en quatuor sublimes.
Ainsi Jean‑Paul Majerus, basse-bariton particulièrement flexible, bien audible aussi, car souvent des basses sont si bas dans cette oeuvre qu'ils «sombrent» littéralement. Le Tuba mirum était des plus éloquents. Et finalement un ténor en or, Robert Sellier, héroïque et sensible.